Un photographe à la une: Vincent Montibus

J’ai découvert Vincent Montibus via le site Internet qu’il tient avec sa femme, elle aussi photographe. Je ne sais plus comment j’ai atterri dessus mais j’ai tout de suite adoré le titre : « Un nuage en bouteille ». Avec un titre pareil, j’étais certain que les photos me plairaient. Gagné !

Si Vincent et sa femme Céline font essentiellement de la photo de mariage et du portrait, ils sont aussi des photographes complets maitrisant aussi bien le paysage que le packshot, le numérique que l’argentique. Difficile de savoir qui fait quoi au sein de leur collaboration mais j’aime beaucoup cette idée de photographie à « 4 mains ».

Par la suite, j’ai suivi un peu plus le travail de Vincent via Twitter et Facebook. C’est notamment sur ces 2 réseaux sociaux que j’ai découvert la passion de Vincent pour l’argentique et la « street photo ».
Cela me rappelait mes débuts en photographie il y a 12 ans : les prises de vues avec un Canon EOS 300v, l’attente pour recevoir le film développé (je n’ai jamais essayé de le faire moi-même), le chambre noire dans la salle de bain, la lampe inactinique, l’odeur des bains…
Les photos de Vincent me rappellent aussi un stage photo à Arles, haut–lieu de la photographie. Stage durant lequel nous devions photographier des gens dans la rue. Un bel exercice pour vaincre sa timidité !

De bons souvenirs… Alors quand je découvre les photos argentiques de Vincent, j’ai comme un petit moment de nostalgie même si pour rien au monde je n’échangerai mon EOS 7D contre un EOS 300V 😉

Bref, les photos de Vincent, notamment argentiques me plaisent beaucoup. On sent l’amateur de beaux appareils photos, de vrais appareils photo pourrait-on dire : ceux qui ne demandaient que 2 réglages : ouverture et temps de pose… Les bases de la photographie en somme !

Découvrons ensemble qui est Vincent Montibus !

[divider_title title=”L’interview”]

WhatsWrongWithThisWashingMachineBonjour Vincent

Bonjour Marc,

Qui es-tu? En dehors du photographe que nous découvrons aujourd’hui 😉

Marié depuis bientôt 9 ans et papa de 3 adorables petites filles, je suis un homme comblé. De formation ingénieur en informatique, je travaille aujourd’hui dans le domaine médical. J’habite en banlieue parisienne mais j’ai la chance de travailler à Paris.

Peux-tu nous raconter comment tu as commencé la photo?

Mon premier contact avec la photo a eu lieu au collège quand j’ai découvert le club photo de l’établissement. L’animateur était un professeur de mathématiques passionné de photographie qui a tout fait pour nous transmettre le virus. Il m’a initié à la prise de vue avec un reflex, au développement de films et au tirage noir et blanc. Je me souviens avoir passé pas mal de mercredi après-midi dans le noir sous la lumière inactinique. Ce ne sont que des bons souvenirs.

Quand est-ce devenu une passion?

La photographie est vraiment devenue une passion au contact de ma femme déjà une inconditionnelle passionnée. En plus, nous nous complétions bien car au début car elle avait l’œil et j’avais la technique. Elle m’a donc aidé à exercer mon regard et je l’ai aidé à parfaire sa connaissance des appareils photos.

Comment es-tu devenu un professionnel de la photo ?

Après des retours positifs sur des photos prises en amateur par ma femme lors de mariages d’amis, elle a décidé de franchir le pas et de passer pro. Après quelques mariages seule, nous nous sommes dit que couvrir un tel évènement à 2 photographes (une femme et un homme) serait un vrai plus. Nous avons donc créé « un nuage en bouteille ».

LaRupture
“La rupture” – Fuji FinePix X100 – 23mm – f/2 1/45s 3200 ISO

Qu’est ce qui te procure le plus de plaisir et de difficultés dans la photographie?

Pour le côté plaisir, je dirais en tout premier, les rencontres. J’ai rencontré énormément de monde grâce à la photographie que ce soit des clients, des inconnus, d’autres photographes ou de simples curieux. C’est toujours un plaisir de pouvoir échanger avec quelqu’un, soit sur une passion commune, soit d’expliquer ma passion et ma démarche.
Vient ensuite le bonheur des gens qui se découvrent sur mes photos. J’ai récemment offert un tirage argentique d’une photo que j’avais pris quelques semaines avant à une dame qui vend des marrons chauds au Jardin du Luxembourg. J’avoue que le fait de voir la joie dans ses yeux en découvrant le tirage m’a beaucoup touché et m’a donné envie de renouveler l’expérience.

Chez Mireille
“Chez Mireille” – Leica IIIf (1954) – Leica Summicron 5cm f/2 (1956) – Kodak Tri-X 400 – Rodinal R09 (Fomadon) 1+25 (7min) – Epson V700

Dans ma pratique actuelle de la photographie, la principale difficulté que je rencontre c’est le fait de me faire accepter, de faire accepter l’appareil photo et la prise de vue. Dans la rue beaucoup de personnes ont peur de l’appareil et donc d’être photographier. J’essaye autant que possible d’expliquer ma démarche et de leur montrer que je ne les prends pas en photo pour leur nuire ou nuire à leur image.

Quels sont tes styles de photos favoris? Chez les autres…. et chez toi…

J’ai des goûts assez éclectiques en photographie. J’apprécie le travail de grands photographes contemporains ou disparus tout autant que les photos de certains amateurs que je suis sur les réseaux sociaux. Si l’image est bien construite, qu’elle me parle, me raconte une histoire alors c’est gagné !

De mon côté, j’aime capturer un paysage sous une belle lumière tout autant que j’aime saisir des instants de vie, ou le bonheur d’un couple de mariés. Malgré tout ça, je sens une évolution dans ma pratique photographie qui de plus en plus me pousse à aller vers l’humain et à l’intégrer dans mes compositions.

Touristes
“Touristes” – Hasselblad XPan – 45mm f/4 – Kodak Tri-X 400 – Ilford LC29 1+19 (6 min 30) – Epson V700

Peux-tu nous présenter un peu de ton matériel photo? Et pourquoi un tel équipement?

Mon équipement photo est assez large…
En numérique, je suis équipé en Nikon avec 2 boitiers fullframe et avec une gamme d’optiques Nikkor couvrant la plage 14mm à 300mm, 2 flashs SB900. Lors de la Photokina 2010, j’ai complètement craqué sur le Fuji X100, et donc j’en possède un également.
En argentique, je commence à avoir une belle collection d’appareils qui me tenaient à cœur car ils sont pour moi des légendes de la photo. Je possède donc en 24×36, un Leica M6 TTL, un Leica IIIf, un Hasselblad X-Pan et un Rollei 35. En moyen format, j’ai la chance de pouvoir utiliser un Rolleiflex, un Hasselblad 501C, un Noblex 150 UX et un sténopé ZeroImage 6×9. J’ai également une chambre photographique Shen Hao qui utilise de plans films 4×5″. J’ai également tout le matériel pour développer en noir et blanc, couleur et diapos ainsi qu’un agrandisseur pour le noir et blanc.
Je rajouterai à la liste 3 ou 4 sacs photos, du matériel de studio et de strobisme, des trépieds, une tête panoramique, des filtres…

Pourquoi un tel équipement, bonne question !
J’ai constitué mon parc de matériel au fil des ans en essayant de répondre au mieux à mes besoins (pour le côté pro) et à mes envies (pour le côté plaisir). Aujourd’hui je suis satisfait de mon matériel et de son utilisation même si j’avoue parfois succomber au GAS (Gear Acquisition Syndrom) !

Quels conseils donnerais-tu à un photographe débutant?

Le premier de tous : faire des photos et encore des photos, les montrer, accepter la critique et savoir se remettre en question. Je lui dirai également de se rapprocher des différentes communautés internet (sites web, flickr, 500px) qui organisent souvent des sorties photos. C’est toujours un bon moyen d’apprendre et de rencontrer des gens ayant la même passion. Je lui conseillerai également de s’inscrire dans une bonne bibliothèque et de consulter un maximum de livres photos afin d’y analyser les photos en terme de composition, d’exposition et d’émotions dans le but d’affiner son œil et sa sensibilité.

Ceux qui te suivent sur Facebook peuvent découvrir tes photos argentiques. Pourtant sur ton site « Un nuage en bouteille » on voit essentiellement des photos numériques… Est-ce une « nouvelle » façon de faire de la photo pour toi ou un retour aux sources ?

C’est vrai que depuis 2 ans, j’ai recommencé à pratiquer la photographie argentique. La raison principale est pour moi un besoin de retourner aux fondamentaux et de prendre mon temps. Mon Nikon D3 était devenu synonyme d’outil de travail et du coup, il me manquait quelque chose pour la photo plaisir. La pratique de la photographie argentique a comblé ce manque.

Le fumeur
“Le fumeur” – Leica IIIf (1954) – Leica Summicron 5cm f/2 (1956) – Kodak Tri-X 400 – Rodinal R09 (Fomadon) 1+25 (7min) – Epson V700

Qu’est ce qui te plait dans la photo argentique… que tu ne retrouves pas dans la photographie numérique ?

Ce que j’aime dans la pratique de la photographique argentique c’est le fait de prendre mon temps. Je ne déclenche pas frénétiquement (en tout cas j’essaye) et je réfléchis d’avantage avant d’appuyer sur le déclencheur. C’est un tout autre état d’esprit pour moi.
J’aime également le rendu, le modelé du film, le grain inimitable d’une Kodak TriX ou les couleurs d’une Ektar ou d’une Velvia.
L’argentique me permet également de travailler en moyen et grand format, ce qui est à mon niveau impossible en numérique.

Mais globalement dans ma pratique quotidienne, l’argentique et le numérique se complètent et vont de pair.

En quoi ta pratique de la photographie argentique nourrit ta pratique de la photographie numérique ? Et inversement ?

Que ce soit en argentique ou en numérique, je fais de la photo. C’est le support et l’appareil qui sont différents. Ces 2 supports sont différents dans leur approche mais la finalité est la même, capturer la lumière pour créer une image.
Dans ma pratique, le côté argentique est vraiment du côté plaisir de la photo, et le numérique est à la fois du côté plaisir mais également du côté travail (avec obligation de résultat).

LaDefenseEnGrandFormat
“La Défense en grand format” – Shen Hao HZX 4X5-IIA – Fujinon 135mm @ f/8 15s – Fujifilm Velvia 50F – Kit Tetenal E6 – Epson V700

La photo argentique est semble-t-il en voie d’extinction… Est-ce compliqué de pratiquer en 2013 ? Je pense notamment aux films, au matériel…

Non, franchement ce n’est pas compliqué. Les sites d’enchères et de petites annonces regorgent d’offres pour du matériel argentique. Et si l’on a peur de passer par ce genre de site internet, on peut aller en boutique (Bd Beaumarchais par exemple) où l’on peut trouver également son bonheur. Certes le prix sera un peu élevé mais le matériel sera révisé et garanti entre 3 et 6 mois en général.
Habitué à chiner sur les différents sites d’enchères et d’annonces, on constate une augmentation non négligeable du prix de certains boitiers « mythiques » comme les Rolleiflex par exemple.
Les brocantes et les vide-greniers sont également un bon moyen de trouver du matériel argentique à moindre coût (attention à l’état).

Pour les films et la chimie, on trouve facilement les produits « classiques » en boutiques réelles ou virtuelles. Mais il faut faire attention, les prix sont très variables en fonction des boutiques et des produits.
Par contre, il est vrai que certains fabricants (Kodak, Fujifilm) ont cessé ou cessent leur activité de production de films et/ou chimies mais heureusement ce n’est pas le cas de tous. Certains (je pense à Ilford) réinvestissent dans la fabrication de films.

De nombreux photographes « argentiques » développent leur film mais numérisent ensuite leurs négatifs… Est-ce de la photo argentique ou numérique ?

Et voilà la question piège !
Même si je tire à l’agrandisseur certaines de mes photos, je numérise quasiment tous mes négatifs. Malgré tout, j’estime faire de la photographie argentique mais j’utilise l’outil numérique pour partager plus facilement et toucher plus de monde.
Aujourd’hui je me sers de la version numérisée de ma photo argentique comme de la planche contact. Je me base dessus pour savoir quelle photo mérite d’être tirée à l’agrandisseur.
Donc je dirais que c’est de la photographie argentique mais contemporaine !

MiFigueMiRaisin
“Mi-figue, mi-raisin…” – Leica M6 – Zeiss Biogon C 35mm f/2.8 – Kodak Tri-X 400 @ 800 – Ilford LC29 1+19 (9 min 30)

Peux-tu nous parler de tes projets photographiques?

Avec Céline, ma femme, nous avons pour 2013, deux projets qui nous tiennent particulièrement à cœur. La refonte complète de notre site « un nuage en bouteille » et la préparation d’une exposition photo.
Notre site commence à dater un peu maintenant, et nous avons envie de le moderniser et de l’épurer afin de faire une part belle aux photos. Nous allons également en profiter pour mettre en place une plateforme de vente en ligne de tirages de nos photos.
Le second projet est donc une exposition photo à 5 photographes. Chaque photographe va pouvoir présenter une série de son choix, le seul impératif, les photos doivent être en noir et blanc argentique. C’est une grande première pour nous de travailler en série et c’est du coup un gros challenge.
Et pour terminer, peux-tu nous présenter ta photo préférée et nous raconter son histoire?

AuxiliaireDeVie
“L’auxiliaire de vie”-Hasselblad 501C – Carl Zeiss Planar 80mm f/2.8 T* – Kodak Portra 400 – Tetanal C-41 – Epson 3170 Photo

La photo que j’ai choisi de vous présenter n’est pas forcément ma photo préférée et elle est loin d’être parfaite techniquement mais c’est une photo qui me touche pour l’histoire qui va avec.
J’étais en train de faire des portraits de rue au niveau de la Pyramide du Louvre. Quand j’ai vu ce “couple” dans la foule. A la façon qu’ils avaient de se parler, leur complicité, j’ai pensé qu’il s’agissait d’un grand père et de sa petite fille. Je les ai abordés et j’ai demandé si je pouvais les photographier. La jeune fille a passé un peu de temps à parler –très fort- dans l’oreille du vieil homme, visiblement bien sourd. Et ils ont accepté tous les deux sans soucis.
Après avoir pris la photo, je les remercie et j’explique à la jeune fille que c’est la complicité avec son grand-père qui m’a touché et qui m’a poussé à les aborder. Et là, elle m’a regardé et en souriant elle m’a remercié car je venais de lui faire un beau compliment. Je lui ai demandé pourquoi, et elle m’a répondu que ce n’était pas son grand-père mais qu’elle faisait simplement son métier : Auxiliaire de vie. C’est exactement pour ce genre de moment que j’aime la photo !

Un dernier mot?

Merci Marc de m’avoir donné la parole sur ton blog par l’intermédiaire de cette interview.

Retrouvez Vincent Montibus sur Facebook, Twitter et sur le blog qu’il tient avec sa femme: un nuage en bouteille

A bientôt pour une nouvelle interview sur mon blog!

13 réponses
  1. Thomas Benezeth
    Thomas Benezeth dit :

    Excellente interview !

    La complicité de Vincent et sa femme est touchante. On sent bien que la photo argentique te procure une émotion particulière.

    J’ai hérité du Canon AE-1 de mon grand père, et je suis très heureux de pouvoir m’en servir 20 ans après, il en a vraiment pris soin. Je ne sais pas encore comment il fonctionne mais je vais m’y intéresser 🙂

    Merci Marc de nous en faire découvrir plus sur Vincent 😉
    Thomas Benezeth Articles récents..#04 Une photo, une histoireMy Profile

    Répondre
  2. Marie
    Marie dit :

    Bonjour Marc, j’ai découvert ton blog grâce à celui de Thomas ! 🙂 Une bien jolie interview que voilà, mais surtout une belle découverte. Je suis allée parcourir leur site et j’avoue avoir eu un vrai coup de cœur pour leur travail. J’ai bien aimé les photos argentiques, elles ont ce petit quelque chose de différent et d’authentique qui fait que… Et leur complicité dans leur travaile t passion fait plaisir à voir. 🙂
    Marie Articles récents..Grisaille…My Profile

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  3. Critidos
    Critidos dit :

    “De nombreux photographes « argentiques » développent leur film mais numérisent ensuite leurs négatifs… Est-ce de la photo argentique ou numérique ?” -> Merci d’avoir posé la question et merci à Vincent pour la réponse 🙂

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    • Marc Charbonnier
      Marc Charbonnier dit :

      De rien Critidos! C’était une question importante pour moi… et Vincent y a bien répondu. Je pense d’ailleurs que c’est la possibilité de numériser facilement des négatifs et avec une qualité élevée qui permettra à la photo argentique de survivre encore un moment. C’est bien plus facile de développer son film dans une cuve de développement qui ne prend pas de place que d’avoir 2 agrandisseurs (couleurs et noir&blanc) chez soi!
      Marc Charbonnier Articles récents..Un photographe à la une: Vincent MontibusMy Profile

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